Très bel article de Jean-Francis Pécresse sur notre AR Lenoble Premier Cru Blanc de Noirs Bisseuil 2012 paru aujourd’hui dans Les Echos Week-End

Très bel article de Jean-Francis Pécresse sur notre AR Lenoble Premier Cru Blanc de Noirs Bisseuil 2012 paru aujourd’hui dans Les Echos Week-End

September 13, 2019, Christian Holthausen

« Faire du blanc avec du noir est un art difficile. Cela exige d’abord de belles matières à travailler, en l’espèce des noirs denses et profonds. Puis, fille naturelle de l’expérience et du talent, une virtuosité dans le maniement de la palette. Faire du blanc avec du noir, c’est ce que font, avec plus ou moins de réussite, les vignerons champenois lorsqu’ils élaborent des cuvées exclusivement à base de pinots noirs. Dans cet exercice, cependant, le succès n’est pas donné à tout le monde. Car si le chardonnay, bon enfant de la côte des Blancs, pallie volontiers l’absence de génie lorsqu’il est seul en bouteille, le pinot noir peut être moins aimable. Pour peu que l’on n’ait pas assez pris soin de lui, sa nature sauvage prend le dessus. Le pinot noir, en Champagne, c’est un fauve qui ne se laisse pas aisément amadouer. «Un emmerdeur» , tranche l’un de ses meilleurs amis, Antoine Malassagne, l’homme de l’art des champagnes AR Lenoble. Pour l’anoblir, le polir au point d’en faire un solitaire, pièce précieuse parmi les cuvées de luxe, il faut lui réserver de beaux terroirs, ne pas lui demander trop de perles –pas plus de 10000 kilos de raisins à l’hectare –, et le préférer bien mûr, issu de vieilles vignes. Ainsi, dans la douleur, peut se révéler ce faux indolent qu’est ce cépage roi de la montagne de Reims. Si le merlot peut être emmerdant, le pinot est un emmerdeur. À chacun sa croix… Et sa transsubstantiation. Car il n’y a rien de tel qu’un grand blanc de noirs pour vous redonner foi dans le pinot. Ils ne sont pas si nombreux, en Champagne, à être passés maîtres dans l’art de le transfigurer. Parmi eux, citons-en quelques-uns: Billecart-Salmon au Clos Saint-Hilaire, Bollinger naturellement et ses Vieilles Vignes françaises, Egly-Ouriet à Ambonnay, Henri Giraud, Jacques Selosse à La Côte Faron, Charles Philipponnat… Rien que des artistes auxquels il convient d’adjoindre ce discret génie d’Antoine Malassagne. Avec son premier cru de noirs de Bisseuil 2012, celui-ci signe une cuvée impressionnante d’opulence et d’élégance, presque plus marquée par l’élevage sous bois, juste à l’équilibre entre générosité et acidité. L’emmerdeur vous salue bien. »