« CHAMPAGNES BIJOUX » AR LENOBLE dans PARIS MATCH : « Pour exister entre les grandes marques et les bouteilles à 10 euros il faut une forte personnalité et un vrai caractère. »

« CHAMPAGNES BIJOUX » AR LENOBLE dans PARIS MATCH : « Pour exister entre les grandes marques et les bouteilles à 10 euros il faut une forte personnalité et un vrai caractère. »

December 12, 2016, écrit par Christian Holthausen

Certaines maisons refusent de grandir, bravant ainsi principes et lois du commerce. En voici quatre gui ne veulent pas se lancer dans une course à la production, pour ne pas risquer d’y perdre leur âme : Gosset, Billecart-Salmon, Jacquesson et AR Lenoble. PAR JEAN-FRANÇOIS CHAIGNEAU

Champagne AR Lenoble. Anne Malassagne préfère le luxe discret d’un champagne cousu main au grand débit du prêt-à-porter. Anne dirige aujourd’hui AR Lenoble, l’une des rares maisons de champagne restée totalement familiale et indépendante. Le fondateur s’appelait Armand-Raphaël Graser. Et plutôt que son nom a consonance allemande cet Alsacien pur sang a préféré celui de Lenoble pour désigner la maison qu’il venait de créer. C’était en 1920, juste après la Première Guerre mondiale. Armand-Raphaël Graser pensait que le champagne était le meilleur vin du monde. « Lenoble » donc parce qu’il le valait bien. Le siècle n’a pas toujours été tendre avec la Champagne. Les années 1950 sont désastreuses. L’hiver 1954 celui de l’appel a la solidarité lancé par l’abbé Pierre, est terrible pas de récolte pas de raisin. Et puis le père d’Anne qui ensuite prend en charge la propriété, est surtout médecin et bien peu vigneron. Gynécologue obstétricien, il crée sa propre clinique. La vigne n’est pas le premier de ses soucis. Il vient la voir deux ou trois fois par semaine et repart. Et quand il décide de vendre Anne ne le supporte pas. Coup de fouet, coup au cœur… Elle n’ hésite pas. Son frère aîné, chirurgien à Paris spécialiste du foie a d’autres greffes à tenter et Antoine, le plus jeune est encore à ses études. Il ne reste qu’elle. «Je ne pouvais pas laisser partir ce trésor de famille. » Elle abandonne les flacons de L’Oréal, chez qui elle travaille, pour se consacrer aux arômes et saveurs de ses vins, et se lance. On est en 1993 : encore une année difficile pour la Champagne ! Tout est désastreux : la récolte, la vendange, le marché. Beaucoup de petites maisons saignées à blanc se résignent et disparaissent dans les grands groupes. «Je ne connaissais rien à la viticulture, admet-elle. Ma spécialité a toujours été de gérer, d’organiser, de définir une stratégie et de la mettre en place » Ce qu’elle avait fait chez L’Oréal pendant quatre ans avant de céder à l’aventure du champagne. Quand elle prend l’affaire commercialement Lenoble est une ruine… 80 % des vins produits sont vendus sous une autre étiquette. C’est le début des ventes du champagne en supermarchés et à des prix imbattables. Certains descendants jusque 50 francs la bouteille (10,50 euros) « Ni grand groupe ni supermarché ! Je reste familiale ! » décide-t-elle. Heureusement, son père a gardé le vignoble : 18 hectares situés pour la plupart sur la commune de Chouilly. Anne Malassagne en fait son atout majeur. Quelques maisons déjà vendent des petits volumes. Voilà l’objectif fixé. Produire des grands crus à partir de son terroir, valoriser son vignoble, la récolte, I habillage, la distribution, la commercialisation, et limiter la production tout en restant irréprochable sur la vinification. Son frère cadet Antoine vient la rejoindre trois ans plus tard. Les rôles sont partagés. A lui la terre le travail de la vigne et la vinification, à elle la stratégie, le cap à suivre les synergies, les responsabilités d’un capitaine en campagne. Deux décennies plus tard, AR Lenoble est devenue l’archétype d’un bijou haute couture, un joyau lové dans une niche-champagne c’est-à-dire une petite production sur un grand terroir de grand cru. Quand elle a commencé, elle disait « Pour exister entre les grandes marques et les bouteilles à 10 euros il faut une forte personnalité et un vrai caractère. » Stratège hors pair, Anne Malassagne n’a pas eu à chercher ces qualités elle les possédait déjà.

paris-match-anne-antoine-bisseuil